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25 ans d'Opitowap

mardi 26 mai 2020

En cette année de célébration de nos 35 ans d’existence, notre fondatrice Catherine Joncas tenait à souligner l’anniversaire de la première du spectacle OPITOWAP qui a eu lieu le 27 mai 1995, par cette lettre : 

 

Chers amis du groupe de théâtre, du groupe Mikisew et de la communauté de Manawan, nous pensons à vous. Le 27 mai 1995, il y a vingt-cinq ans, c’était la première du spectacle OPITOWAP à la salle communautaire de Manawan. Création collective où les sept participants, Thérèse Dubé, David Flamand, Richard Moar, Jean-Marc Niquay, Marie-Louise Niquay, Mikon Ottawa, Thérèse Ottawa, s’étaient investis corps et âme, malgré leur résistance, leur gêne, leurs appréhensions. Ils avaient un but, nous avions un but : rompre le silence, vaincre la peur, sauver Manawan. Rien de moins. Il fallait viser grand, il fallait viser haut. Il y avait urgence.

Dans ces années où la vérité sur les pensionnats indiens commençait à peine à sortir, vos langues se déliaient sous la pression de tant de peine et de rage contenues depuis trop longtemps. Nous étions en avance. Vous n’avez pas eu peur, vous n’avez pas eu honte de raconter : la kukum battue par son petit-fils, la violence du mari envers sa femme, la jeune fille abusée par son père, la méchanceté des deux commères de la communauté, le jeune homme égaré dans la drogue. Nous nous disions que chaque texte produit, chaque personnage créé, chaque scène était un pas dans la bonne direction. Yves Sioui Durand et moi étions vos guides, nous vous soutenions. Nous cheminions avec vous nous aussi. Nous avions foi en vos rêves, en votre culture, en votre mémoire ancestrale atikamekw. Nous croyions que tout était là. Il suffisait d’ouvrir le chemin. Souvenez-vous de vos premiers pas vers le tambour, instrument lié au sentier rouge interdit. Comment chaque chant qui montait de vous vous apportait de la force. Et les rires, les incroyables fous rires, les personnages si drôles que vous mettiez au monde au cœur de tout ce drame. Et le 27 mai 1995, vous vous êtes présentés devant votre communauté et vous lui avez tendu le miroir. Bravo! 

Après trente-cinq ans d’ONDINNOK et vingt-cinq ans après OPITOWAP, le théâtre autochtone est de plus en plus reconnu au Québec. Il présente ce regard unique et essentiel des Premières Nations au grand public qui l’apprécie de plus en plus. Nous avons vraiment avancé.  Avec OPITOWAP, vous avez contribué à cette évolution. Vous avez et vous nous avez, à Yves et à moi, appris tant de choses. Votre premier trésor, votre réservoir de force, c’est votre langue atikamekw. 

OPITOWAP! Un mot ancien. Un mot dont Marie-Louise Niquay avait rêvé. Un mot de chasseur, un mot de pouvoir. Aujourd’hui, est-ce que les jeunes hommes, les jeunes femmes atikamekw de Manawan comprennent encore le sens profond de ce mot? Nous le  souhaitons. Ce serait le plus bel héritage de ce spectacle et un hommage à la mémoire de David Flamand, notre brave, notre talentueux, notre persévérant qui a trouvé avec le théâtre ses plus beaux moments de vie. Son OPITOWAP avant le grand départ. 

Merci à tous. Merci pour tout. Mikwetc. Tiawenk. Niawen :kowa.

Avec moi toutes mes relations.

 Catherine Joncas et Yves Sioui Durand