5 minutes pour que je te dise

Barbara Kaneratonni Diabo

J’ai passé 5 minutes pour que je te dise, avec Barbara Kaneratonni Diabo cette après-midi ensoleillée du 9 avril. Les levers de rideau bourgeonnent sur Tio’tia:ke, territoire Kanien’kehá:ka (Mohawk) non-cédé, nous sommes à la 3eme saison du Printemps autochtone d’Art #PAA3.

Il n’y a pas de hiérarchisation entre la nature et moi-même, nous sommes les mêmes – Barbara Kaneratonni Diabo

Un jour, je suis allée voir un spectacle de danse avec une amie danseuse et je lui ai demandé « Qu’est-ce que tu regardes chez un.e danseur.se pendant un spectacle ? » Elle m’a répondu qu’elle ne regardait pas qu’avec ses yeux, mais qu‘elle se focalisait sur ce que le/la danseur.se lui faisait ressentir, ce qui atteignait son propre corps quand le/la danseur.se bougeait. J’adopte parfois ce point de vue.

Barbara était vêtue de noir, une plume accrochée à son short, au milieu de branches d’arbres et de quatre bougies posées comme les points cardinaux. Au fond, un diaporama de photos d’êtres humains issus de communautés autochtones et d’étoiles défilaient comme un album de famille. Elle alluma une bougie et dansa avec la branche qui lui était associée, elle continua avec les autres bougies et les autres branches. Une musique atmosphérique nous propulsait dans une temporalité qui ne nous est pas familière et accompagnait Barbara qui nous faisait chavirer d’un canoë, nous emmenait à la guerre, nous tirait par les cheveux, nous trainait dans la boue, nous enfantait. Les branches restaient accrochées à elle comme si elle devenait branche parmi les branches ou les branches devenaient elle.

Ce qui a atteint mon corps dans la performance de Barbara, c’est la souffrance, la souffrance d’une communauté. Les larmes muettes d’un peuple mis en sourdine sur son propre territoire a atteint mes yeux, a déchiré mon corps. Et je sais que le public a été atteint car j’ai questionné quelques spectatrices qui leurs mains posées sur leurs cœurs m’ont dit « c’était prenant, c’était beau et à la fois prenant. »

Barbara Kaneratonni Diabo est chorégraphe et danseuse originaire de la Nation Mohawk de Kahnawake.

Laetitia Techer