fbpx

5 minutes pour que je te dise

Charles Buckell-Robertson

J’ai assisté ce week-end de Pâques au lever de rideau 5 minutes pour que je te dise, de Charles Buckell-Robertson. C’était au Théâtre Denise Pelletier pour le Printemps autochtone d’Art (#PAA3) sur Tio’tia:ke, territoire Kanien’kehá:ka (Mohawk) non-cédé (Montréal).

Plusieurs sont morts, sans avoir pu être aimés – Charles Buckell-Robertson.

Après avoir été introduit par le metteur en scène, Charles est sorti de la pénombre du décor, comme s’il y avait toujours été et qu’aujourd’hui il en émergeait pendant cinq minutes. La scène : l’espace d’une place publique, un bloc de béton en guise de banc, une atmosphère grise de graviers et un chemin prédéterminé.

Ce qui m’a frappée dans la performance de Charles par rapport aux autres artistes des levers de rideau précédents est la confrontation que j’ai ressentie. Une confrontation positive parce que subtile. Subtilité qui s’est manifestée dans la posture de son corps rectangulaire ancré dans l’espace scénique, enraciné sur ce territoire. « Vous ! vous savez d’où est-ce que vous venez vraiment ? » nous a-t-il demandé avec l’assurance d’un être autochtone, au sens d’« originaire du pays qu’il habite, dont les ancêtres ont vécu dans ce pays. » (Dictionnaire Larousse). Il le sait que ça fait 400 ans que la douleur coule dans son sang. Il le sait qu’il paye ses taxes, il le sait qu’il est bien plus qu’un « Indien », il le sait que le respect des autres est la première passion des Premières Nations. La question est : est-ce que nous, Allochtones, nous savons qui nous sommes ? Est-ce que nous, nous savons qui sont vraiment ces peuples, ces communautés, ces personnes réduites au silence dans leur propre terre ?

J’ai aimé cette performance faite de mots qui vous agrippent, qui ne vous lâchent pas et qui vous mettent devant le fait accompli. Texte écrit à l’origine pour des performances de slam, Charles a profité du lever de rideau pour retravailler le texte et s’éloigner de sa zone de confort en l’adaptant à un contexte plus théâtral.

Charles Buckell-Robertson est un artiste multidisciplinaire Ilnu et a fait le lever de rideau de la pièce “Antigone au printemps” de la compagnie Le Dôme -créations théâtrales.

Laetitia Techer