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5 minutes pour que je te dise

Émilie Monnet

5 minutes pour que je te dise, au théâtre de Quat’Sous avec Émilie Monnet, artiste interdisciplinaire Anishnaabe et Française. Nous sommes à la 3eme saison du Printemps autochtone d’Art (#PAA3) et les levers de rideau continuent jusqu’à à la fin du mois d’avril sur Tio’tia:ke, territoire Kanien’kehá:ka (Mohawk) non-cédé, aussi connu sous le nom de Montréal.

Ma mère fait le meilleur ragoût d’orignal à la sauce au vin rouge – Émilie Monnet

C’était écrit « Water » sur son chandail et le rouge de celui-ci dessinait la confiance muette qui se dégageait d’Émilie, debout sur scène face à un public attentif. « Quand est-ce qu’on cesse d’être Indienne? Quand est-ce que se coupe ce cordon ombilical qui nous rattache à nos ancêtres? »

Emilie nous a expliqué qu’en se mariant avec un Français dans les années quatre-vingt, sa mère a perdu son statut d’Indienne et en conséquence a perdu le droit d’être enterrée auprès de ses parents, ses grands-parents et arrière-
grands-parents, alors que même le chien a le droit d’y être enterré. Elle a continué son récit en parlant de sa grand-mère qui a été mise dans les pensionnats, son arrière-grand-mère à qui on a interdit sa culture et son arrière-arrière-grand-mère forcée à abandonner son style de vie et à vivre dans des prisons à ciel ouvert, les réserves.

Ce qui m’a en premier lieu frappée chez Émilie Monnet, c’est la beauté de sa force simple et naturelle. Une beauté engagée. Engagée de ce combat qui reflète les questionnements d’une génération d’enfants issus de peuples

colonisés, de communautés racisées mais enfants contemporains qui ont grandit dans le modèle d’une société et d’une éducation occidentale, capitaliste et globalisée. Comment rester connecté à nos ancêtres, à nos histoires familiales, à notre culture qui ont trop souvent été définis par l’histoire coloniale. Comment se reconstruire ? Comment intégrer ce qui nous a été transmis alors que cette transmission a constamment été déviée, meurtrie, fragmentée, interdite ?

Par son honnêteté, Emilie permet à notre génération de se poser les questions nécessaires pour entamer une réconciliation, un moyen d’affirmer la culture de nos communautés racisées, un moyen d’exister dans un système qui n’a pas été construit pour nous, parce qu’en vérité nous sommes là, nous l’avons toujours été et nous sommes ici pour y rester.

Laetitia Techer