5 minutes pour que je te dise

Joséphine Bacon

Encore un 5 minutes pour que je te dise, émotionnel pour moi en cette après-midi de printemps. Les levers de rideau bourgeonnent sur Tio’tia:ke, territoire Kanien’kehá:ka (Mohawk) non-cédé, nous sommes à la 3eme saison du Printemps autochtone d’Art #PAA3.

Je suis née en avril, donc sur le territoire – Joséphine Bacon.

Je l’attendais avec impatience, ce lever de rideau, puisqu’il eut l’honneur d’être performé par la grande et l’unique (roulement de tambour) : Joséphine Bacon. En tout cas, c’est comme cela que j’ai vécu son entrée. En réalité, après avoir été formellement introduite par la directrice générale du Théâtre du Rideau Vert, Joséphine est arrivée sur scène avec un sourire contagieux. Il y avait un pupitre et une chaise en bois sur scène : elle s’y est assise.

Joséphine Bacon est Innue de Betsiamites, elle est aussi saumon remontant les rivières, poétesse, lune, femme, soleil, terre et mère. Transparente, Joséphine a dévoilé au public qu’elle avait confié un des ses enfants en adoption et que les trois autres était restés auprès d’elle. « Orpheline de mère, orpheline de [s]a première identité », conséquence de son enfance au pensionnat, elle se demande comment elle aurait su être famille pour ses enfants. Comment peut- on transmettre une culture, un savoir, une identité, une communauté, un amour si l’on a dû être absente de l’enseignement de sa propre identité?

La performance de Joséphine a été émouvante, poétique et déroutante mais a également fait écho à la pièce Vol au-dessus d’un nid de coucou, en particulier dans les scènes d’humiliation, de mépris, d’invisibilité dont souffre le personnage de Brandon, un chef autochtone joué par Jacques Newashish.

J’ai été choquée de constater que la pièce a souvent fait rire l’audience. En y réfléchissant bien, je n’ai pas pu me détacher de ces moments tragiques. Je ne me sentais pas assise confortablement dans mon siège, dans mon privilège, dans un système construit par mes ancêtres et qui m’inclut. Il me fut difficile de me divertir et de ne pas me voir, me reconnaître, m’identifier avec ce personnage broyé par le système. En sachant que ce système-là existe toujours et qu’il ne permet pas à tout le monde d’avoir l’argent pour se payer un ticket de théâtre. Qu’il empêche une femme d’être mère, qu’il empêche la culture d’être accessible à tous, et par culture je veux dire toutes les cultures. Ce que j’aimerais vraiment ce soir, c’est de voir une pièce jouée avec comme personnage principal un chef autochtone.

Laetitia Techer