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5 minutes pour que je te dise

Nina Segalowitz

5 minutes pour que je te dise, cinq minutes pour qu’un artiste autochtone nous dise une vérité trop souvent cachée. C’est le prélude printanier de la programmation officiel de la 3eme édition du Printemps autochtone d’Art #PAA3.

À l’âge de neuf mois, j’ai été volée à mes parents -Nina Segalowitz

Le lever de rideau du 5 avril a été performé par Nina Segalowitz, chanteuse de gorge, joueuse de tambour et violoncelliste Inuvialuit Chipewyan de Fort Smith. Il y a beaucoup de moments que j’ai aimés dans la performance touchante de Nina, néanmoins je vais me focaliser sur le point qui me semble le plus pertinent.

Après avoir été formellement annoncée par une voix sans visage, Nina est arrivée par une petite porte entre la scène et l’audience et s’est assise sur une chaise en bois qui se situait juste devant la scène de la pièce EXTRAMOYEN. Scène composée d’un cadre en métal qui représentait l’intérieur d’une maison. Elle était habillée tout en violet jusqu’à ses boucles d’oreilles perlées. Elle avait dans ses bras une poupée, dans sa main une plume (d’aigle je crois), placé a coté d’elle un tambour en peau de cheval (chose rare).

La façon dont Nina était placée dans cet espace nous donnait une proximité, celle d’être chez elle, avec son enfant s’apprêtant à lui conter une histoire. Ce qui est intéressant est que Nina s’est placée à l’extérieur du cadre représentant la maison d’une famille de classe moyenne. Puis, elle a commencé à nous raconter son histoire, celle d’une enfant volée de ses parents biologiques par le gouvernement Canadien à l’âge de 9 mois alors qu’ils l’avaient déposée à l’hôpital pour qu’elle se fasse soigner. La justification du gouvernement : la placer dans une famille de classe moyenne occidentale pour qu’elle accède à « une meilleure vie, une meilleure éducation ».

Ce qui est pertinent est que la pièce qui a suivi le lever de rideau est une déconstruction du mythe de cette classe moyenne, une histoire de la fabrication de la famille « moyenne/ parfaite » par l’État et les entreprises pour en faire des individu.e.s dépolitisé.e.s, exilé.e.s de toute communauté, dépendant.e.s de la télévision, du capitalisme et dépossédé.e.s de tout pouvoir.

Merci infiniment Nina d’être sortie du cadre, d’avoir reconnecté avec tes origines et d’avoir chanté avec autant de force une chanson de guérison et de célébration.

Laetitia Techer