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5 minutes pour que je te dise

Yves Sioui Durand

J’ai eu la chance d’assister aujourd’hui 1er avril, au premier des vingt-quatre levers de rideau intitulés 5 minutes pour que je te dise qui prendront place tout au long du mois d’avril dans plusieurs théâtres montréalais dans le cadre de la 3eme édition du Printemps Autochtone d’Art #PAA3.

« Mais nous les artistes autochtones, nous sommes devenus des résistants »

Yves Sioui Durand

Sur une version classique d’Agnus Dei, un homme entre sur scène en pyjama à rayures verticales, rappelant les barreaux d’une prison. Il porte un masque sur la tête, avec dans sa main un objet étrange, une sorte de croix endiablée avec des cornes de bois. L’audience semble à la fois intriguée et suspicieuse. Le tout saisit l’émotion et j’entends des soupirs profonds dans la salle. Il enlève son masque et ses mots nous frappent : orphelinat, rôle et impact du christianisme dans la politique canadienne qui vise à décimer les Premières Nations depuis 150 ans, responsabilité de chacun à concevoir une réconciliation, réconciliation impossible sans réparation.

J’ai vécu cette performance comme une chance, car je me suis reconnue dans Yves Sioui Durand. Reconnue dans cette soif de guérir, de ne plus survivre, de ne plus mourir encore et encore au fil du temps, de devenir réel.le dans cette histoire muette de « nous ». Le « nous » n’est pas moi parce qu’il s’agit des peuples Autochtones. Ici, je suis nouvelle arrivante, avec mes bagages de femme, je coche la case « minorités visibles » et tout de même j’arrive avec mes privilèges de Française, d’Européenne et pis j’suis plutôt bien accueillie. Alors pourquoi ? Dites-moi pourquoi les Premières Nations ne peuvent-elles pas être « reçues » ni-même acceptées, à peine tolérées sur leurs propres terres ? Pourquoi juste 5 minutes pour nous dire que l’opinion internationale surestime la politique d’immigration du Canada, mais sous-estime entièrement le traitement cruel infligé à ses premiers peuples. Comment peut-on sortir du passé si on ne peut pas en parler tel qu’il l’a été ? Et puis 5 minutes plus tard on passe à autre chose. Mesdames et Messieurs, bienvenue dans la société du spectacle.

Laetitia Techer