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À toi, public solidaire

mardi 19 mai 2020

J’avais rêvé d’une saison théâtrale parfaite. J’avais rêvé qu’une autre parole, une parole autochtone se ferait entendre sur une scène montréalaise. Nmihtaqs Sqotewamqol/La cendre de ses os au Théâtre La Licorne…

Être loin de la salle de répétition, de ses fous rires, de ses larmes, de ses réflexions, de ses accolades chaleureuses remplies de respect, et de cet esprit de famille que nous avions commencé à bâtir… Ce que je vis est un deuil, une peine d’amour. Pour une fois, je me sentais en plein contrôle de mon art et j’avais l’appui artistique de toute l’équipe d’Ondinnok. Mon identité autochtone vivait un regain, il y avait là une grande fierté. La sauge brûlait avant chaque répétition pour laisser les tracas quotidiens à l’extérieur. Tout ça est loin derrière moi. Ces tracas sont devenus incontrôlables, faisant place à une grande vulnérabilité. Mais Ondinnok a toujours su se relever dans les moments difficiles…

Maintenant, il est temps de tourner la page et de poursuivre nos rêves. Ce n’est pas facile de voir du beau en ce moment, mais j’entends ce qui résonne dans mon cœur : le désir de créer, encore et encore. Le plus difficile est sans doute de ne pas savoir quand l’on se reverra, cher public. Penser loin, ça donne le vertige, broyer du noir, c’est juste malsain. Alors, que devons-nous faire ? Surtout, ne pas céder à la peur.

L’art est un puissant moyen d’expression pour dénoncer les dérives et les cicatrices, mais aussi pour présenter les beautés de notre société, les beautés ancrées dans la vision du monde de nos peuples. Pour moi, la scène est l’endroit de tous les possibles. Cet immense terrain de jeu est l’enceinte de toutes les douleurs, les peines, les joies et les mensonges. Un terrain guérisseur pour les acteurs et actrices, et pour toutes les équipes travaillant sur nos créations. 

Faire Ondinnok, c’est faire vivre et montrer, sans pudeur ni peur d’être jugé, les désirs secrets de son âme. Alors, que pouvons-nous faire ? Écouter nos désirs secrets et continuer, humblement, de faire Ondinnok.

Solidarité et amitiés,

Dave Jenniss