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Exposition «Oubliées ou disparues : Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres»

29 avril au 6 juin | Entrée libre

Studio 1 de la Maison de la culture Frontenac

Description :

Cette exposition rend hommage aux femmes autochtones et porte un regard à la fois intimiste et social sur l’apport de ces femmes à l’histoire et plus spécifiquement à l’histoire de l’art. À travers les œuvres, la notion de disparition s’énonce de trois façons. La première traite de la tragédie sociale qu’est la disparition des filles et des femmes autochtones ici comme ailleurs. La seconde plus institutionnalisée, aborde celle des archives de musées, où l’on constate un manque flagrant de données sur la contribution des femmes autochtones à l’histoire de l’art. Finalement, la dernière évoque l’aspect plus intimiste vécue par les proches des disparues. Sept artistes ont été invitées à créer une œuvre artistique en lien avec des femmes marquantes oubliées ou disparues.

Une fois sur la route à la rencontre des artistes, les distances, le manque de signalisation, les semblants de forêt, les terrains vagues, ont envahi ma conscience comme autant de lieux où d’autres femmes également autochtones ont disparu. Il est frappant aussi que par tous ces lieux d’absence, nous accédions presque par hasard aux réserves, elles-mêmes nulle partSylvie Paré

Rencontre avec la commissaire, Sylvie Paré, les samedis 16 et 30 mai, à 14 h.

Diane Robertson

Diane Robertson (1960-1993) est une figure majeure de l’art autochtone contemporain, son engagement et ses œuvres multidisciplinaires continuent toujours d’influencer les jeunes générations. Les quatre dessins exposés ici, de cette artiste qui nous a quittés trop tôt, tenteront humblement de faire exister son esprit parmi l’exposition. Nous sommes très reconnaissants de ce prêt accordé par l’artiste Sonia Robertson (sœur de Diane) et de Louise Siméon, archiviste au Musée de Mashteuiatsh.

Sylvie Bernard

Artisane d’art, auteur-compositeur-interprète, Sylvie Bernard s’est d’abord fait connaître des Québécois par la chanson. Spécialiste dans l’art de la broderie perlée elle a exposé au Musée de la civilisation de Hull et à la Grande bibliothèque de Montréal. Lauréate du prix d’excellence en Métier d’art au Centre du Québec, l’artiste est récemment boursière du Conseil des arts du Canada.

Elle a présenté deux œuvres. La première, intitulée Voyage libre, est une sculpture composée d’un amalgame de matériaux où la puissance du vent, monde de l’invisible se fait sentir, ce symbole puissant se tient fier et fragile, mariant  le temps et l’espace dans une incessante transformation. La seconde, Sculpture portable, est un vêtement où la tradition des cultures amérindiennes s’affirme à l’état pur. Un mélange troublant de noblesse, de sensualité et d’animalité émane de l’œuvre et l’élève ainsi à une dimension presque mythique.

Diane Blacksmith et Mariette Manigouche

Diane Blacksmith et Mariette Manigouche, spécialistes de la broderie sur peau d’animal, ont réalisé avec une grande méticulosité des vêtements et des accessoires. Parfois miniatures, ces présents offerts aux petites filles font partie d’un rituel de passage et sont conservés précieusement toute leur vie, afin qu’elles puissent elles-mêmes, par la suite, les transmettre à leurs enfants. Ces objets précieux recèlent une dimension spirituelle très forte. Fréquemment, lorsque les jeunes filles disparaissent, on retrouve ce genre d’objets conservés avec minutie dans leur chambre, ce sont des signaux très inquiétants, car si on laisse ce qui est le plus important pour soi… cela indique que ces jeunes filles souhaitaient revenir à la maison. Les créations des deux artisanes rendent hommage, également, aux femmes qui les ont précédées, leurs arrières-grands-mères, grands-mères et mères.

Hannah Claus

Hannah Claus avec son installation For those who didn’t make it home investigue la tragédie qu’est le phénomène des filles et des femmes autochtones disparues ou assassinées. Son œuvre composée de petites maisons en tulle métallique s’organise dans un espace circulaire. Une projection fait apparaître sur ce cercle, de manière très sensible, une main qui écrit un à un les noms des disparues. Elle a convié à des séances de signature les gens d’Odanak et du Collège Kiuna, de Kahnawà:ke et de l’Université Concordia : différentes communautés et organisations auxquelles elle tisse des liens professionnels et personnels. Pour elle, il était essentiel d’intégrer les gens à son processus de création puisque ce drame touche profondément l’ensemble de la collectivité.

En suivant les mains du regard, les noms tentent de nous révéler la présence «vivante» de ces femmes, tel un rite de scapulomancie. Elle réactualise le passé afin de le rendre plus présent et, souhaite ainsi, faire tomber à travers le geste, les frontières entre le passé, le présent et le futur. L’artiste détient une maîtrise en beaux-arts de l’Université Concordia, de Montréal. Elle a participé à plusieurs expositions au Canada et à l’étranger. L’artiste est récipiendaire d’une bourse en Recherche et création du Ministère de la Culture et des Communications et le Conseil des arts et des lettres du Québec.

Nadia Myre

Les œuvres de Nadia Myre révèlent les cicatrices et les blessures laissées par l’histoire coloniale et les conséquences graves de ces dernières sur la vie personnelle. Depuis quelques années, elle travaille sur The Scar Project, un projet artistique où le public était invité à participer en écrivant ou dessinant des expériences personnelles que l’artiste elle-même intégrait à son projet artistique. L’œuvre qu’elle a présentée traite de la disparition comme drame personnel vécu par les proches, mais aussi comme tragédie collective, alimentée par l’inaction des institutions, qui continuent de dénier l’ampleur nationale de cette réalité.

Elle a participé à plusieurs expositions au Canada et à l’étranger. Elle est titulaire d’une maîtrise en beaux-arts de l’Université Concordia, de Montréal. L’artiste est récemment récipiendaire du prestigieux prix des arts Sobey qui souligne le travail exceptionnel d’une artiste dans le domaine des arts visuels au Canada. Selon le quotidien la Presse, elle fait partie des dix artistes les plus marquants de sa génération.

Annette Nolett et Lise Bibeau

Annette Nolett et Lise Bibeau sont des vannières d’Odanak, elles tentent de perpétuer la tradition et de la transmettre aux jeunes générations. Ces savoir-faire, plusieurs fois menacés de disparition à travers l’histoire, sont heureusement encore présents, grâce aux petites mains de ces femmes. Les deux artistes ont présenté Wanilh8jik phanemok (femmes disparues), une création de vannerie en hommage à la mère d’Annette Nolett. Elles ont participé à des ateliers offerts par la Boîte rouge vif en design de création et à plusieurs expositions dont Les treize lunes en France et à Montréal en 2014.

Artiste anonyme

Une dernière installation Disparition institutionnalisée, d’une artiste anonyme, est le résultat d’une recherche sur les portraits de femmes autochtones dans les collections muséales.  Ces œuvres picturales témoignent d’un grand attrait par les peintres de l’époque pour ce sujet (fin XVIIIe et début XIXe).  Plusieurs stéréotypes liés à la culture dominante apparaissent, comme la martyre, la sensuelle, la veuve, mais aussi certains portraits transcendent leurs époques par leurs recherches picturales.  Plusieurs de ces peintures ont pour titre des termes génériques et les archives en disent très peu sur ces femmes. L’ensemble présenté sous forme de vestiaire se réfère aux écoles résidentielles, autre instrument visant à faire disparaître l’Autre. Les noms de jeunes filles et de femmes gravés sur des petites plaquettes de métal, sous chacune des peintures, tentent de combler cet oubli institutionnel, surtout celui de Loretta, un drame réel, récent, impossible à oublier.

Sylvie Paré | Commissaire invitée

Sylvie Paré crée des installations et des dessins inspirés de son histoire familiale amérindienne et de la culture immatérielle des Premières Nations. Elle a participé en 2006, comme artiste invitée, à la publication intitulée Territoire et trajectoires, aux Éditions Artextes, ainsi qu’à l’exposition Akakonhsa’ – fabuleux dédoublements dans le cadre du Printemps autochtone d’Art en 2013. Elle est aussi agente culturelle au Jardin des Premières-Nations du Jardin botanique de Montréal.