Ktahkomiq - Territoire de la langue : atelier de recherche et création

lundi 16 mai 2016

Du 2 au 4 mai dernier s’est tenu à Ondinnok un laboratoire d’exploration autour du projet interdisciplinaire Ktahkomiq – Territoire de la langue, projet du dramaturge et comédien Dave Jenniss prévu pour 2017.

Ma peau est blanche, mais mon coeur est rouge, cette réplique tirée de la pièce Le tambour du temps (Printemps autochtone d’art I) continue à inspirer mon écriture et se retrouve au cœur de la genèse du projet. Je porte en moi une identité qui semble être contradictoire de par son essence : je ne suis ni complètement autochtone, ni complètement franco-canadien. Je suis métis. Pas dans le sens d’une appartenance à la Nation Métis, mais dans le sens de métissage. Ma mère n’était pas autochtone et j’appartiens à la Première Nation Malécite de Viger par ma lignée paternelle. Cette contradiction identitaire se vit au quotidien, par le regard que je porte envers moi-même et à travers le regard des autres.

Le projet en développement explore le déchirement identitaire et la difficulté de la transmission : est-ce que mon identité métisse malécite est vouée à disparaître avec moi? Quel est l’impact familial de la Loi sur les Indiens, qui définit qui est Indien par le sang ? Suis-je en mesure de transmettre ma culture à mon enfant malgré l’impossibilité légale de transmettre mon statut d’Indien? Quel legs pour mon enfant de mère non-autochtone qui ne peut pas être membre de la même Nation que moi?

Une part importante du projet est la place de la langue dans la recherche des racines, dans la rencontre avec la mémoire malécite. Des mots tirés du Dictionnaire passamaquoddymaléciteanglais sont lus et deviennent vivants, dans un jeu de tension entre la découverte et l’interdit, quand la parole prend le pouvoir et que semble se dessiner une traversée pour déchiffrer l’imaginaire culturel et l’histoire.

Par un travail avec les pierres dans la tradition d’Ondinnok et au cours d’improvisations d’exploration de l’espace, l’atelier a été l’occasion de traduire en mouvements certains des questionnements à la base du projet. La recherche sur la gestuelle a compté sur la collaboration chorégraphique et d’interprétation de la danseuse Ivanie Aubin-Malo, de souche Malécite, et la danseuse mexicaine d’origine nahualt, Leticia Vera.

Il s’agit d’une première étape et maintenant une recherche ethnographique et interdisciplinaire commence, qui sera développée au cours de sessions de travail subséquentes. À suivre !