Ô KANATA

mercredi 18 juillet 2018

Les cofondateurs d’Ondinnok prennent la parole sur la création du spectacle Kanata, produit par le Théâtre du Soleil et mis en scène par Robert Lepage, en réponse à l’entrevue d’Ariane Mnouchkine et la suite des événements :

Les intentions de Robert Lepage et de madame Mnouchkine avec le spectacle théâtral Kanata pourraient paraître nobles. Nous sommes devant deux maîtres indéniables du théâtre.

Le théâtre du Soleil à travers ses créations, a souvent lutté pour un avancement des sociétés, des cultures, il a souvent plaidé pour le changement, pour la justice. Mais lorsqu’on se met au service d’une cause, on ne peut ignorer ceux-là même qui la portent. Nous connaissons Robert Lepage personnellement pour avoir joué sur scène sous sa direction au CNA dans les années 1990.

Nous connaissons aussi madame Mnouchkine pour l’avoir rencontrée d’abord en 2001 au FTA et par la suite pour avoir eu le privilège d’assister au début des répétitions du Dernier Caravansérail à la Cartoucherie de Vincennes en 2004.

Nous sommes chez Ondinnok, parmi les fondateurs du théâtre autochtone au Canada. Nous avons été longtemps la seule compagnie de théâtre autochtone francophone de l’Amérique du Nord.Pourquoi avoir choisi de nous ignorer? Nous sommes des artistes autochtones engagés. Nous avons une position, celle de la réappropriation de nos cultures et de nos formes d’expression en art et celle de la reconstruction culturelle de nos Nations.

En février 2018, nous avons déposé un manifeste pour l’avancement des Arts et des artistes autochtones dans le cadre de la refonte de la politique culturelle du Québec. Nous y affirmions entre autre ceci : « La présence des arts et des artistes autochtones sur toutes les scènes et dans tous les théâtres et toutes les institutions de diffusion des Arts est la meilleure garantie contre l’ignorance, la discrimination et le racisme. »

Il fut un temps, après que l’armée américaine a définitivement écrasé les derniers autochtones libres, après l’extinction du bison d’Amérique et la mise en réserve, il fut un temps où le Wild West Show de Buffalo Bill tournait à travers l’Amérique du Nord et par la suite en Europe. Qu’est-ce qui attirait alors les foules? C’était le fait de pouvoir voir ces cruels et féroces Peaux Rouges, Sitting Bull et les autres, eux les authentiques résistants. Nous étions alors du spectacle, comme nous avons aussi habité les cages des expositions coloniales (ou zoo humains) du Bois de Vincennes.

Aujourd’hui, l’imposture de « jouer aux indiens » relève de l’insulte. Il existe au Canada une dramaturgie autochtone contemporaine, des créateurs et des acteurs de grande compétence. Les temps ont changé et il doit y avoir réparation si on souhaite une véritable réconciliation… Lire la suite