Yves Sioui Durand, Compagnon des arts et des lettres du Québec

mardi 29 mai 2018

Lundi 28 mai dernier, notre fondateur Yves Sioui Durand a reçu son insigne de Compagnon des arts et des lettres du Québec. Une reconnaissance de son engagement depuis plus de 30 ans pour une reconstruction culturelle amérindienne par l’art. Nous vous partageons ici son discours :

Madame la Ministre, Madame Jean, Mesdames, Messieurs, Compagnons, Chers amis

Skennenkowa! A’skennonnhia Katatena:tons onkweongwe nde Yves Sioui Durand Wendarhonon nde Wendakeha’ga Wendake! Teskenongwe ronne! Kataton :ni!

Merci au CALQ pour cet honneur, pour cette importante et valorisante reconnaissance. Un remerciement incontournable à Catherine Joncas ma compagne sans qui cette aventure de création artistique d’un théâtre proprement autochtone n’aurait pas eu lieu. Merci à mon frère Guy pour son soutien, merci à Lucienne Losier, à Amélie Girard et Sylvie Paré (qui sont ici ce soir). Et merci à tous les artistes autochtones et québécois qui m’ont accompagné depuis maintenant 33 ans.

Nous, artistes autochtones du Québec, avons déposé un manifeste dans le cadre de la nouvelle politique culturelle du Québec auprès du CALQ, des Ministres du gouvernement et de l’Assemblée des Premières Nations du Québec Labrador. Dans ce manifeste, nous plaidons pour l’avancement des Arts et des artistes autochtones et pour que soit reconnu le rôle que doivent jouer les arts et les artistes dans la reconstruction culturelle de nos peuples. Le CALQ aura donc dans les années qui viennent une mission historique à remplir, de même que toutes les institutions de diffusion des arts : celle de la présence des artistes et des arts autochtones sur toutes les scènes, partout au Québec. Cette présence assurée sera une action majeure pour combattre l’ignorance, la discrimination systémique et le racisme au sein de la société québécoise .

En 1985, je commençais à énoncer un théâtre autochtone avec Le Porteur des peines du monde, qui a reçu le prix Américanité lors du premier FTA (créé ici même à côté sur le terrain où se construit l’édifice de l’ONF). Cette œuvre prémonitoire dénonçait déjà la dépossession culturelle, le viol perpétré par l’Église et la reconquête de notre identité, de notre dignité et de nos droits. Le moins que l’on puisse dire est qu’elle préfigurait l’actualité. Dans cette œuvre, une réplique paraphrasait l’homme médecine, le Sioux Black Elk qui disait en 1890 : « Fait que mon peuple vive! »

Les Premières Nations fondent le socle identitaire du Québec. Celui du Canada et celui des Amériques.

J’accepte donc cette reconnaissance parce qu’elle constitue de la part du CALQ l’expression d’un changement conscient qui reconnait l’importance de l’apport de tous les artistes autochtones existants et émergeants au sein de la société québécoise. Cette reconnaissance me donne espoir.

Il n’aurait fallu qu’un moment de plus pour que la mort vienne, mais une main nue alors est venue qui a pris la mienne! – Louis Aragon

C’est aussi cela la reconnaissance, cette main tendue, non pas celle du paternaliste et de l’autorité mais celle de l’alliance reconduite d’égal à égal et de l’amitié. En ce sens, elle est un pas de réparation avant que vienne celui de la réconciliation. Niawen: kowa!

Yves Sioui Durand

 

Remise de l'Ordre des arts et des lettres du Québec 2018

Ils ont été inspirants, vibrants, émouvants. Revivez les moments forts de la quatrième cérémonie de remise de l'Ordre des arts et des lettres du Québec. 💙

Posted by Conseil des arts et des lettres du Québec on Friday, June 1, 2018