Comment être amérindien au 21e siècle ?

Comment être amérindien au 21e siècle?

Voilà une question complexe qui interpelle Ondinnok, à l’aube de ce nouveau millénaire. Les repères habituels de l’apparence physique, des modes de vie, de la langue qui ont toujours distingués les Indiens sont perdus. Entre la carte de statut délivrée par le gouvernement et le sentiment d’appartenance à une communauté, comment se définit-on comme autochtone? Après avoir complété le cycle du théâtre de guérison dans la communauté de Manawan et avoir réalisé des tournées dans de nombreux pays, Ondinnok souhaite se recentrer vers Montréal et continuer d’approfondir sa réflexion sur ses questions identitaires. C’est ainsi que la compagnie entame un nouveau cycle de création avec sa trilogie ( Iwouskéa et Tawiskaron, Le Rendez-vous | Kiskimew et  Kmukamch, l’Asierindien ) qui se poursuit et s’enracine définitivement à partir de Hamlet le Malécite.

Que sommes-nous devenus ? Une dramaturgie autochtone contemporaine

Ce cycle met en scène des histoires très différentes allant du mythe de la création du monde des Hurons-Iroquois au Hamlet de William Shakespeare. Elles répondent à un besoin de s’auto-définir, de sortir des cases prévues par la société, une quête initiatique moderne. Des héros ordinaires qu’on n’entend pas assez souvent, bien que se sentant perdus ou délaissés par la société, poursuivent tous une quête identitaire. Des thèmes forts, déchirants, mais très actuels: l’amour, la famille, la langue, les croyances, la vieillesse, l’environnement, la gouvernance des communautés, l’urbanité, pour n’en nommer que quelques-uns.

Chacune des pièces pose un miroir sur notre société. Sur ses intolérances et ses préjugés. Une démarche de décloisonnement universel. Après tout, les questions identitaires ne se limitent pas aux Autochtones ! Elles touchent cette humanité en chacun de nous ! Les mots, la langue, laissent place à l’imaginaire, à la découverte de l’autre, mais aussi à soi-même. La découverte d’une identité qui est propre, complète et entière.

Parce que, ne sommes-nous pas tous des Iroquois?

Place à la relève chez Ondinnok

À partir de 2004, Ondinnok dirige, en parallèle à ces activités de création, un programme de formation intensive en théâtre pour les Autochtones, en collaboration avec l’École nationale de théâtre, afin de résoudre son problème de recrutement d’acteurs et d’actrices autochtones. Ce programme sera l’occasion de rencontres importantes avec de nouveaux artistes et du développement d’une méthode de formation originale.

Tout a changé. Nous sommes maintenant entourés de jeunes comédiens qualifiés puisque le programme de formation que nous avons mis sur pied avec l’École nationale pour les comédiens autochtones fonctionne très bien. La relève est là. Catherine Joncas

Ce noyau développé par Ondinnok, auquel se joignent d’autres artistes autochtones collabore activement depuis aux productions de la compagnie. Hamlet le Malécite, Wulustek, Contes d’un indien urbain, ou plus récemment L’Écorce de nos silences ou TU É MOI témoigne de ce besoin d’expression artistique et de prise de parole des jeunes artistes autochtones, en particulier chez les jeunes autochtones urbains. En s’incarnant à la fois comme l’essence et le moteur du processus de création, il va s’en dire que la relève est au coeur même de ce cycle.

Un nouveau cycle de collaboration

Ce cycle est l’occasion pour Ondinnok d’explorer un nouveau répertoire. Pour la première fois, la compagnie se tourne vers l’adaptation/traduction de pièces anglophones.

D’autres créateurs tels que Jean-Frédéric Messier, Yvon Dubé, Peter Batakliev, Francine Alepin et Clément Cazelais se sont joints à l’équipe de metteurs en scène au courant de la dernière décennie. Ils ont enrichi de leur regard particulier l’esthétique d’Ondinnok tout en l’ouvrant sur d’autres avenues.

Les distributions habitent tantôt des théâtres (Théâtre Prospero, Théâtre Denise-Pelletier), tantôt des Maisons de la Culture, tantôt des usines (American Can et les Ateliers Jean-Brillant). Les scénographes comme Julie-Christina Picher, première scénographe atikamekw, créent des tableaux et des environnements plus contemporains, bien qu’à chaque fois chargés de symbolisme. Des lieux, qui rappellent des espaces de vie du quotidien des Autochtones urbains, ou encore de ceux des communautés. À l’ère des nouvelles technologies, les projections vidéo sont de plus en plus présentes au sein des créations, avec comme collaborateur important Philippe Larocque. La musique, qu’elle soit en direct ou par bande sonore, est toujours aussi marquante.