Les fondateurs

Yves Sioui Durand

Le théâtre est le seul lieu où j’existe dans mon territoire… C’est l’endroit où je peux marcher dans mes rêves. Yves Sioui Durand

Membre de la Nation huronne-wendat, Yves Sioui Durand est acteur, dramaturge, metteur en scène et cinéaste. Depuis 1984, il poursuit une oeuvre théâtrale unique au Québec, fondée sur la quête d’un théâtre proprement amérindien, enraciné dans les mythes, dans l’histoire des Premières nations et des peuples indigènes de par le monde. Dès la création du Porteur des peines du monde et avec la fondation d’Ondinnok, le théâtre devient le lieu d’une cérémonie personnelle et de l’aboutissement de soi pour ce dramaturge. Il a écrit 14 textes dramatiques pour la radio de Radio-Canada et plus de 17 créations originales au théâtre, en plus de signer 19 mises en scène. Ses oeuvres ont voyagé de l’Amérique du Sud à l’Europe. Pionnier au théâtre, il le devient au cinéma. Après sept années d’efforts, en 2010, il réalise Mesnak le premier long métrage de fiction amérindienne du Québec.

Artiste interdisciplinaire et versatile, nous le retrouvons en 2000 sur le terrain de la performance au Japon. En 2001, il conçoit et dirige le spectacle de clôture des Francofolies avec Florent Vollant et Richard Séguin. En 2003, il commande à l’auteure Marie Clements l’écriture de Copper Thunderbird sur la vie du célèbre peintre Norval Morisseau qui sera créé en 2005 au CNA sous la direction de Peter Hinton. En 2004, il est à la rencontre internationale d’Art Performance à Québec puis, il met en scène le spectacle du groupe Taïma et fait la rencontre de l’artiste inuk Elisapie Isaac. En 2004, puis en 2008, il anime une classe de maître à l’ARTA sous la présidence d’Ariane Mnouchkine, ainsi qu’à Londres en 2009. En 2013, il scénarise l’exposition « C’est notre histoire » au Musée de la civilisation de Québec, et il publie « Le Nid de l’aigle » aux éditions Hannenorak.

Préoccupé par la transmission du bagage culturel des ancêtres aux nouvelles générations, une grande part de son travail fut dédiée à l’étude des textes fondateurs des Amériques afin de réaliser une réinterprétation contemporaine de cette mythologie. Posant un regard vers l’intérieur des drames que vivent les Indiens d’ici, il plaide pour une reconstruction culturelle amérindienne par l’art. Conjurer l’abcès collectif, déjouer l’aliénation qui étouffe tout imaginaire, proposer une éthique, voilà la fonction de son théâtre. Un théâtre qui présente ainsi une possibilité du devenir humain autre que le chaos ou l’uniformisation des cultures. Les oeuvres de Yves Sioui Durand sont ouvertement politiques. Il conçoit l’artiste comme un « pont vivant » entre les traditions, exprimées dans un rituel archaïque, et la « nouvelle identité autochtone ». Une démarche qui l’amène à créer ses propres formes théâtrales. Créateur important et influent au sein de l’émergence du théâtre autochtone au Canada, il a ouvert la voie aux générations futures.

Mon théâtre cherche à donner accès au territoire imaginaire de mon peuple, qui a été occulté mais perdure en nous. Il s’adresse aux Blancs, mais aussi au Amérindiens, qui souvent, ont perdu contact avec leur passé. Yves Sioui Durand

Catherine Joncas

Depuis ma nébuleuse enfance, je me voyais exploratrice, aventurière. Le théâtre est pour moi, encore, aventure et découverte. Avec des complices autochtones et des non-autochtones, je raconte mon expérience à travers le jeu du théâtre. Catherine Joncas 

Actrice, auteure et metteure en scène, formée au Conservatoire d’Art dramatique de Québec, Catherine Joncas est l’une des membres fondatrices d’Ondinnok. Depuis 1996, elle est aussi directrice administrative et assure par le fait même la faisabilité de toutes les activités de la compagnie théâtrale. Elle est l’auteure de nombreuses pièces produites par Ondinnok, son oeuvre la plus intimiste étant Le Rendez-vous | Kiskimew. En 2006, elle signe la mise en scène de Contes d’un indien urbain, un travail qu’elle a le plaisir d’approfondir sur plus de trois ans. Par sa soif de découverte, par sa grande ouverture d’esprit et par son regard empreint d’une certaine candeur, elle apporte une dimension plus fantaisiste au parcours artistique d’Ondinnok.

Si le théâtre est une aventure pour Catherine Joncas, elle cultive aussi l’amour de la partager et de l’enseigner. Cet apprentissage, elle l’a acquis au fil des nombreuses collaborations; de la leçon de théâtre de Jean-Pierre Ronfart lors de la Conquête de Mexico à l’expérience humaine et intense qu’a été tout le processus du théâtre de guérison. Ce désir de transmettre s’est d’ailleurs traduit dans l’acharnement qu’elle a fait preuve dans la gestion et le montage du programme de formation intensive en théâtre pour les autochtones. Faire découvrir, c’est aussi voyager et c’est ce qui l’a amené à donner des ateliers théâtraux en France et en Angleterre. Pendant trois ans, elle s’est aussi grandement impliquée dans le comité art-culture du Réseau pour la stratégie urbaine autochtone de Montréal où a été initié le projet d’un Lieu artistique et culturel autochtone à Montréal (projet d’ambassade autochtone montréalaise DestiNATIONS) dont la réalisation est prévue pour 2018.

Par sa présence sur scène, cette actrice a su faire briller des personnages plus étonnants les uns que les autres. Son répertoire est vaste, passant de personnages parfois graves et dramatiques, parfois ludiques et délurés. Elle privilégie l’humour, une facilité qu’elle a, accentuée par sa grande capacité d’improviser. À cet effet, la divertissante, mais profonde Héléne Miktouch dans Wulustek reste à ce jour son rôle de prédilection. Catherine Joncas aime plonger dans l’univers du conte, lieu de découverte inattendue et fabuleuse. Elle a d’ailleurs participé à deux éditions du Festival Innucadie à Natashquan qui donne la parole aux conteurs innus et québécois. Une expérience qu’elle a adorée et qu’elle souhaite développer davantage dans l’avenir. Cette artiste est avant tout guidée par la nécessité d’une démarche artistique éthique et engagée.

La culture des peuples autochtones, je ne la sens pas éloignée de moi. Je ne les sens pas comme les autres, différents et séparés de nous. Nous avons tous au plus loin des ancêtres qui faisaient partie des Premières Nations. Je ne vois pas le bénéfice pour la civilisation de s’être éloignée de la terre, du respect pour les animaux et de la nature. Pour moi, ce n’est rien de moins qu’un crime. Comme je suis une artiste, faire un théâtre qui manifeste ces valeurs, c’est ma façon de les défendre. Catherine Joncas 

John Blondin (1960-1996)

Provenant d’une grande famille respectée de Déline (Fort Franklin) dans les Territoires du Nord-Ouest, John Blondin était un artiste talentueux. Après avoir débuté des études de médecine à Londres, il vient à Montréal au début des années quatre-vingt pour y faire des études en linguistique et suivre des cours de danse aux Grands Ballets Canadiens. C’est à cette époque qu’il se lie d’amitié avec Yves Sioui Durand et Catherine Joncas. Avec eux, il fonde Ondinnok et participe à la création du Porteur des Peines du Monde au FTA en 1985. En 1988, il joue dans Atiskenandahate-Voyage au Pays des Morts, le deuxième spectacle de la compagnie. En 1991, John Blondin retourne à Yellowknife pour poursuivre sa démarche théâtrale. Il le fera en racontant les légendes de son peuple et particulièrement les histoires héritées de son père, le célèbre George Blondin, à travers le programme éducatif du Prince of Wales Northern Heritage Centre. La légende du Garcon Caribou restait son conte préféré.

 John était un homme extraordinaire, plein d’énergie, de fantaisie et d’humour. Il croyait à l’art et à son pouvoir de changer les choses. Il était amoureux de sa culture et de son territoire. Homme d’ouverture, il parlait parfaitement sa langue ainsi que l’anglais et le français. Il a été un ami et un partenaire important des premiers pas d’Ondinnok. Il nous manquera toujours. Yves Sioui Durand et Catherine Joncas