Écorce de nos silences

2013

Trois nouvelles voix

Trois courtes pièces rassemblées dans un même spectacle où le désir d’échapper au silence, à la perte des racines et à la folie, nous projette dans des mondes fulgurants. Trois voix autochtones de la relève;  Jacinthe Connolly innue de Mashteuiatsh (Les Bougalous), Dave Jenniss malécite de Viger (Le Tambour du temps) et Véronique Hébert attikamek de Wemotaci (Métusse).

Sous l’écorce, il y a des blessures et des plaies causées par les années d’assimilation et d’extinction culturelle des premières nations. Ces plaies accumulées depuis des décennies font mal, enfermées sous l’écharpe du silence. Le désir de laisser parler le tambour devient pressant. Le pouvoir de soulever l’écorce malgré la douleur, de révéler les secrets malgré les interdits, de dire ce qui se cache derrière le silence ouvre la voie à la guérison.

C’est suite à un concours lancé en mai 2012 par Ondinnok que ces auteurs ont été retenus par le jury sur présentation d’un synopsis et d’une scène dialoguée. Chacun d’eux a bénéficié de l’accompagnement d’un dramaturge dans l’élaboration de son texte : Marie-Christine Lê-Huu (Les Bougalous), Stéphane Crête (Métusse) et Suzanne Lebeau (Le Tambour du temps).

L’Écorce de nos silences a été présenté dans le cadre de l’événement un Printemps autochtone d’Art, organisé par Ondinnok, qui s’est tenu du 30 avril au 8 juin 2013 à La Maison de la Culture Frontenac.

Les Bougalous

Joyce, une mère innue, veut lever le silence entretenu sur le fléau de la dépendance aux drogues dans sa communauté et dont son fils est prisonnier. Victime d’hallucinations jusqu’à la psychose, Jordan est terrorisé par la vision de ses bougalous (petits être vêtus de peaux d’animaux au langage étrange) qui le poursuivent jour et nuit et le maintiennent dans un état de stress incontrôlable. Joyce organise un conseil de famille avec sa cousine et son cousin dans le Shaputuan de son oncle, Mushum Thomas. Elle veut mettre fin aux activités des vendeurs de peanuts (méthamphétamines) et autres drogues dans la réserve. La réunion fera exploser les petits secrets de la dépendance de chacun et permettra au Mushum et sa médecine d’amener Jordan sur le chemin de la guérison. Ce dernier comprendra que les petits êtres, ses bougalous, qui hantent ses visions, l’invitent à ne pas gaspiller sa vie, à se relever et à suivre le chemin rouge.

J’espère que mon écriture saura contribuer au relèvement de nos nations, car je sais qu’une déchéance peut mener à la prison, à la folie ou à la mort. Et si le créateur m’a fait cadeau de ce don alors pourquoi ne pas m’en servir à bon escient? C’est ce que j’ai voulu faire avec cette première courte pièce qu’est Les Bougalous. Jacinthe Connolly

Le Tambour du temps

Un jeune malécite de la grande ville revient au camp de chasse de son enfance sur les rives du fleuve St-Laurent pour retrouver la mémoire perdue de ses ancêtres. Il veut combler son impuissance à transmettre à sa fille les traces de ses origines. À la tombée de la nuit, l’esprit de son père-Ours et celui de son grand-père Loup lui apparaissent dans la cabane avec leurs histoires, leurs rêves de chasse et de pêche et leurs combats pour la survivance. Ils lui rappellent les blessures de son enfance et la perte des rituels ancestraux. C’est l’heure et le temps de mesurer la fracture culturelle gardée secrète par la génération de son père qui a été sacrifiée sous le rouleau compresseur de l’assimilation. Il souffre de la perte d’identité, de la liberté sacrifiée des nomades. La mémoire ancestrale de son grand-père lui rappelle que sans le tambour, les mots n’existent pas. Au lever du jour, contemplant le vieux tambour défoncé, il trouve un peu de réconfort à écouter dans son coeur l’essentiel des traces de ses origines à transmettre à sa fille.

Métusse

Irène, une chamane attikamek meurt dans les bras de sa petite-fille Métusse. Respectant les volontés de sa grand-mère d’être enterrée dans le territoire, là où elle est née, elle brave l’interdiction imposée par les autorités au service de l’empereur de la Tour qui empêchent les autochtones de retourner dans le territoire ancestral. Elle porte son corps dans le lieu sacré de la forêt. Mais les autorités récupèrent le corps et le ramènent dans le cimetière catholique. Couchée dans la fosse prévue pour la dépouille de sa grand-mère, elle empêche le prêtre, le policier et l’homme-cercueil de la réserve de l’enterrer dans le cimetière du village. Au moment où elle apprend que sa grand-mère est plutôt sa mère, un tremblement de terre survient et l’aspire dans la fosse. Elle tombe dans le monde des morts où Nicolère, l’esprit de la terre, la guide à travers les épreuves du passage chamanique jusqu’au désir et à la conscience du destin qui est le sien. Nicolère l’initie à son propre pouvoir chamanique féminin, au pouvoir des mots, celui de dire, celui de réveiller sa communauté endormie, celui de dénoncer les abus contre l’esprit de la terre mère. Métusse entreprend dès lors de vider le cimetière des dépouilles des ancêtres entassés les uns sur les autres, de reconquérir les territoires en enterrant sa mère au Roc rouge orangé qui l’a vue naître.

Métusse parle de la rupture entre les mondes; les vivants, les morts, le territoire, les réserves indiennes, le silence et le dire. Du courage d’agir, de suivre son cœur, quitte à détruire ce qui nous retient, pour devenir des humains de plus en plus libres. Métusse est inspirée par ma communauté, par le territoire et par mes amies. Véronique Hébert 

Dates des représentations

  • 2, 3 et 4 mai – Montréal, Maison de la culture Frontenac

Équipe

Auteurs | Jacinthe Connolly, Véronique Hébert et Dave Jenniss
Metteur en scène | Clément Cazelais
Interprètes | Charles Buckell, Marco Collin, Yvon Dubé, Cassandre Émanuel, Natasha Kanapé Fontaine, Dave Jenniss, Anissa Lahyane, Émilie Monnet et Jean Régnier
Concepteur d’éclairage | Thomas Godefroid
Scénographie | Julie-Christina Picher
Conceptrice musicale | Catherine Dacjzman
Directeur technique et régisseur | Christian Gagnon
Directeurs artistiques | Catherine Joncas et Yves Sioui Durand
Directrice administrative | Catherine Joncas
Coordonnatrice | Amélie Girard
Chargée de communication | Myriam Baril-Tessier
Attachée de presse | Olga Claing