La création du «Porteur des peines du monde»

1984-1985

Synopsis

 Le jour mourant brûle le ciel, la nuit profonde tombe fraîche, comme le lac. Les vieux indiens, les anciens disent… le Soleil est un homme… Il vieillit peut-être… Il doit être vieux et fatigué maintenant de portager le monde et sa tristesse sur son dos. À la tombée de la nuit, il plonge ensanglanté derrière les hautes montagnes au plus profond des ténèbres, luttant pour se purifier et se délivrer de ce qui le tue. C’est lui le porteur des peines du monde.

Le Porteur des peines du monde est un acte de revendication d’une spiritualité autochtone et la reconquête d’un territoire imaginaire. Par ce spectacle tenant à la fois du mythe, du rite de passage et de la performance chamanique, Yves Sioui Durand plaide pour la renaissance des cultures amérindiennes: « cette momie qui brûle dans la nuit, comme un soleil, est la promesse d’un changement du monde encore à venir ». Spectacle extérieur très moderne dans son propos, mais recourant à des procédés millénaires, il pose le problème de la place que peut tenir l’Amérindien dans l’Amérique d’aujourd’hui.

Genèse d’une grande aventure

Août 1984 dans la ville de Québec on célèbre l’arrivée des Grands voiliers soulignant le 450e anniversaire de la découverte du Canada. Or des regards plus lointains les interrogent. Ce sont les yeux des peuples avant eux. En retrait, en colloque aux pieds des montagnes de Stoneham, ils ont posé une seule question: et après? À sa manière Yves Sioui Durand  y répond en performant un rituel de passage initiatique. Il en émerge le Porteur des peines du monde.

Le Porteur des peines du monde est un spectacle complexe qui tient à la fois du mythe, du rite de passage et de la performance chamanistique. Il fait appel à de nombreux mécanismes qui relèvent typiquement de la pensée magique amérindienne: voix, vision, voyage accompli en rêve, métamorphose, révélation par le tambour, invocation des forces de l’au-delà. José Mailhot, Jeu, 1986

Été 1985, en plein coeur du centre ville de Montréal, dans un terrain vague, les tambours du Porteur résonnent. Ils annoncent la naissance d’une oeuvre et par le fait même la création de la première compagnie de théâtre autochtone francophone; Ondinnok. La présentation du Porteur des peines du monde au premier festival du théâtre des Amériques lui mérite le prix de l’Américanité soulignant une théâtralité autre.

Contexte historique

1985 est une année marquante pour les peuples autochtones du Canada. Pour la première fois de l’histoire, l’Assemblée nationale du Québec adopte une résolution selon laquelle elle reconnaît l’existence des dix nations autochtones de la province.

De plus, après un long combat, les femmes autochtones du Canada ayant perdu leur statut d’indien par l’application de la Loi sur les indiens, obtiennent la reconnaissance de leurs droits, de même que leurs enfants.  À 34 ans, Yves Sioui Durand retrouve son statut de Huron-Wendat. Un moment d’affirmation légitime et nécessaire. Le Porteur des peines du monde reflète la renaissance de son auteur par le théâtre, mais surtout l’espoir d’une nouvelle conscience Amérindienne.

La civilisation mondiale a besoin des Indiens d’Amérique, non pas comme curiosité folklorique à conserver, mais parce que les valeurs culturelles actives des Indiens risquent de transformer positivement cette civilisation sous le signe du partage de la terre et du temps, dans l’économie consciente de la paix. Yves Sioui Durand

Dates des représentations

  • Août 1984, Lac Delage, colloque 450e après?
  • Septembre 1985, Montréal, Festival du théâtre des Amériques

Le Porteur des peines du monde a été repris à plusieurs occasions à travers le monde durant les 10 années qui suivirent. Il fut joué une dernière fois à Banff en tant que The Sun Raiser.

Équipe de 1985

Auteur et metteur en scène | Yves Sioui Durand
Comédiens | Jocelyne Bérubé,  John Blondin, Bernadette Dominique, Joseph Jean-Pierre, Catherine Joncas et Yves Sioui Durand
Chanteurs et musiciens | Michel Ducharme, Sylvie Tremblay, Puquio et les tambours traditionnels de Whirlwind Singer (Paul Nadjiwan, Jim Oshkineejish et Gordie Simon)
Concepteur d’éclairages et directeur de production | Guy Simard
Compositeur | Vincent Beaulne
Scénographes et costumiers | Luc Béland et Richard Lacroix
Chargée des communications | Lucienne Losier